Voilà, après 3 mois de préparation, l'objectif 2019 est là. J’ai hâte d’en découdre, un petit stress au fond de moi, la peur de l’inconnu : 70km, 5400m+ avec deux passage à 3400m d’altitude, un temps de course d’au moins 15h, un départ dans la nuit, le tout en duo avec mon bourrico préféré, qui pour lui, sera une longue sortie en vue de son ultra du Beaufortain 15 jours après. Ça m’excite en même temps que ça m’effraie. J’analyse bien le parcours: ça commence par une belle ascension de 18km-2000m pour atteindre le sommet du glacier de la Grande Motte, puis 15km de descente pour retourner près de Val d’Isère. 1er bloc. Km 35. Une nouvelle montée de 900m+, une petite vague près d’un joli lac et une descente. Km 50. 2ème bloc. Dernière ascension et non des moindres 1300m+ puis on serre les dents on redescend à Val d’Isère. Le tout est d’avoir la pêche au 35ème d’être encore en forme à 50. Après ça devrait passer en forçant un peu...

Vanoise_profil

Tout excitée, après une semaine non-stop dans les Dolomites conclue par le Biot’rail du coin organisé par les copains, on est à J-13, repos quasi total. Mais bon le repos total, je connais pas. Alors je fais quelques petites nat’ dans le lac et le week-end je décide d’aller bivouaquer paisiblement au lac de Darbon, c’était sans compter les milliers de moustiques qui avaient migrés pour profiter de la fraicheur, j'ai passé une soirée et un réveil à essayer de semer les moustiques... On enchaine avec les Cornettes de Bise en balade le dimanche avec Brice mais les moustiques m’agressent et m’angoissent, j’ai vraiment pas de pêche et appréhende la course du samedi si ma forme ne s’améliore pas... Lundi, mardi, repos. Mercredi, J-3, petit footing au bord du lac pour redonner du peps et j’ose à la dernière minute, demander à Vincent si sa copine Aurélie est dispo pour faire un massage de prépa pour samedi. Ça me remet de la confiance en mon corps et détend un peu l’affaire. Mon genou gauche tiraille un peu du coté du TFL et ça me fait un peu peur... mieux vaut ne pas y penser.

Souvenirs des Dolomites, miam miam

petite salade con mozzarella Entrée : pates au ragout de lapin ! plat : pizza prosciutto, gorgonzola, noix raviolis tyrolien

(Lago di Carezze, Lago di Braies, Tre Cime)

Lago di CarezzeLago di Braies

Tre Cime

Le Biot'Rail au Col du Corbier, organisé par les Chamois du Léman

Biot'rail des Chamois du Léman

Escapade chablaisienne le temps d'un week-end

Spot de bivouac - le Darbon aux moustiques mon copain du soir

Jeudi, on prépare les affaires et vendredi c’est J-1. J’ai posé mon aprèm pour pouvoir rejoindre Brice à Vevey (avec un petit passage au magasin Läderach) et à 16h, c’est parti. On passe par Martigny, Cham, le tunnel du Mont-Blanc. On se perd un peu en Italie pour rejoindre le col du Petit Saint-Bernard, trop beau (vivement le trail du petit Saint-Bernard en octobre). On continue la route pour arriver finalement à Val d’Isère à 19h45, tout juste à temps pour retirer les dossards. Par contre on aura raté le briefing obligatoire qui était à 18h30... On pose notre Beber juste à côté du téléphérique olympique à 50m du départ et on va manger le repas d’avant course : un diot et de la purée, avec une salade de carotte et une mousse au chocolat. On déguste ça dehors face aux montagnes, un peu cachées par les installations téléphériques. L’heure tourne, on prépare les affaires pour demain, on se fait une tisane et vers 22h, extinction des feux. Le réveil est programmé à 3h.

Plus près, ya pas ! Selfie départ !

Je dors super bien, et quand le réveil sonne je me sens relativement bien reposée. On lève les yeux, waouh, trop beau le ciel avec ses milliards d'étoiles ! Puis on s’active un peu, petit dej', tartines, on se change, brrrr, fait pas froid mais fait pas chaud non plus ! En fait on est un peu speed, à 3h45, on quitte la voiture pour un petit arrêt toilette et RDV sur la ligne de départ. Ils checkent le matos obligatoire et c’est quasi l’heure de partir. On fait un petit selfie pour marquer le coup et à 4h, le compte à rebours est lancé. C’est la première fois que je pars dans la nuit et je trouve ca super cool, c’est grisant. On était tout derrière alors Brice met un peu le turbo pour doubler quand même la grosse masse. C’est du faux plat montant sur les 4 premiers mais ça reste très courable, à faible allure bien sur pour garder des forces. Ces 4 kilomètres passent bien, mes jambes sont là et elles ne sont pas trop lourdes, je suis confiante. Au 4ème, ca commence à devenir un peu plus pentu, on se met en mode marche puis au bout de quelques minutes, je propose de mettre l’élastique. Oui oui on a prévu un système d’élastique pour que Brice puisse me tirer un peu et garder le rythme tout en me reposant, c’est assez pratique, même si ça fait un peu canicross ou sado-maso. On le met donc on garde notre rythme. Ça fait jaser les gens, entre ceux qui disent que c’est de la triche et ceux qui sont jaloux ! On monte en alternant portion montante et faux plat, on trotte. Les lumières de l’aube arrivent doucement, les étoiles laissent place aux couleurs rosées, c’est magnifique avec toutes ces montagnes autour. On arrive ensuite sur un joli plateau, je regarde la montre, déja 1h30 et 10km, on a pas vu le temps passé.

Le soleil se lève sur les montagnes

Le duo féminin nous rattrape et on discute avec elles, des filles de Grenoble, elles sont cools. On reste un peu côte à côte pendant quelques kilomètres et on prendra le large ensuite. Après une bref descente, on reprend l'ascension. La neige est de plus en plus présente au sol, mais pour l'instant, ce n'est pas glacé et ça ne glisse pas, alors on ne s'arrête pas et on trace notre chemin. Brice se met en mode "coach-je-sais-tout", j'aime pas quand il fait son "coach-je-sais-tout" parce que défois on dirait qu'il oublie que je cours depuis 4-5 ans déja, et que je me connais quand même, il n'est pas obligé de rabacher des choses que je sais. En plus, on est tous différents et on n'a pas les mêmes besoins. Mais bon je dois avouer que parfois il dit des choses utiles et il a plus l'habitude que moi pour la gestion des longues distances (un point partout, on est pas des bourriques pour rien...) En temps normal, je ne mange pas beaucoup beaucoup sur les courses, juste 1-2 barres et ça passe quand ça ne dure que 4-5 heures. Mais là, vu qu'on est parti pour 14h minimum, bah c'est pas la même. Donc je l'écoute, je me force à manger toutes les heures, j'enchaine les barres. Et je me force à boire, un peu plus que d'habitude, pour assurer, pour ne pas se taper une hypo et qu'il me sorte : "je te l'avais dit qu'il fallait manger... nia nia nia".  Bref, on continue notre chemin sur la neige, avec l'élastique pour m'économiser un peu. Tout d'un coup, je me retourne pour admirer le paysage. Oh le soleil pointe son nez, c'est troop beau. Je fais une petite video pour le fun, et continuer d'avancer. Tout d'un coup, je vois un mec qui descend en courant. Je comprends pas trop ce qu'il fait. Puis Brice crie : "Allez Ludo !". Ah ben oui, en fait c'est les premiers qui ont déja fini l'ascension du glacier et qui entame la première descente. Waouh, chapeau ! Nous on arrive seulement au ravito, au bout de 15km, 2h30, à 3000m d'altitude. On prend quelques minutes pour manger des bonnes petites barres au café, je pique 1-2 morceaux d'oranges et c'est déja bien pour le moment.

Les petites fourmis de l'ascension

Premier ravito avant l'ascension du glacier

On continue notre route et on décide de se chausser des crampons parce qu'on passe sur des parties un peu glacées. Pour l'instant l'effet de l'altitude ne m'atteint pas, du moins j'ai l'impression, mais en fait, je pense que ça puise discrètement dans les réserves. On continue l'ascension jusqu'en haut du téléphérique : la montée au sommet du glacier est finalement annulée à cause d'un éboulement je crois (il fallait être au briefing pour tout savoir...). C'est dommage, mais 3400m c'est déja bien ! On souffle en haut, on prend une petite photo souvenir et on attaque la descente sur la grande piste de ski. Au début, c'est marrant, je me laisse aller, parce que, c'est bien connu, en descente, faut y aller no stress à la Kilian Jornet. Ouais, en théorie... Mais en pratique c'est pas si facile. Tu prends vite de la vitesse et t'arrives plus à t'arrêter alors tu tombes, ou alors tu te retiens mais au final, ça tire sur les gambettes, et tu glisses quand même et tu tombes. Et ouais c'est marrant de tomber sur la neige. Mais quand tu tombes et que tu continues de glisser, c'est marrant pendant 2 secondes. Après tu sens tes fesses, tes cuisses ou tes genoux qui s'échauffent et c'est la brulure assurée !  Bon c'était pas l'enfer non plus cette descente, mais c'était quand même technique. On retrouve une descente un peu moins galère ensuite, avec un peu plus de poudreuse et moins pentue où on peut se la jouer Godefroy de Montmirail : "Ecartez-vous ma mie" à mimer le cheval au galop. Mais pareil, ça, ça va deux minutes, mais ça chauffe les cuisses. Un coup d'oeil à la montre et tu vois que tu as à peine fait 20 bornes, alors tu te dis qu'il faut pas non plus trop se fatiguer maintenant, gestion gestion ! Bref on retourne au ravito, après 20km et le premier passage à plus de 3000m, c'est fait !

Photo au sommet

Descente de piste... à pied !

just waouh

On refait le plein d'eau, une compote, une barre et c'est reparti. On continue la descente sur la neige, assez sympa à descendre, puis sur la caillasse. Petite pause pour enlever les crampons, parce que oui, sur la neige c'est sympa, mais sur la caillasse, c'est méga désagréable. On quitte le coupe-vent qui commence à tenir vraiment trop chaud et on continue en déroulant sur une piste de cailloux qui descend jusqu'au lac de Tignes. Je fais attention de bien souffler dans la descente tout en gardant un rythme relativement correct (peut-être même un peu trop correct). Au lac, on croise des gens qui nous encouragent, ça booste et ça force à garder bonne allure. Parce qu'après 5km de descente (25 km), quand ça redevient plat, bah tu as comme un coup de mou, t'as l'impression que t'avances plus (peut-être pas qu'une impression d'ailleurs). Il faut alors se forcer à garder un petit rythme de croisière, et ne pas culpabiliser si tu te mets à marcher dès que ça monte un peu.

Contraste entre neige et roche, en descendant sur Tignes

Descente au lac de Tignes

On quitte Tignes avec une petite montée dans laquelle je suis un peu cuite, Brice met l'élastique et m'aide, avant de retrouver un joli plateau qui se met ensuite à descendre gentillement dans la forêt. Et tout d'un coup, plein de monde. En fait on savait pas, mais on rejoint le parcours du 42km. Notre petit groupe de 4-5 se retrouve mêlé à pleins de gens. C'est pas méga agréable mais bon faut pas être égoiste, la montagne est à tout le monde. On continue de descendre jusqu'à rejoindre la route de Val d'Isère, au ravito de la Daille, au bout de 5h40 de course. Il y a foule, entre les participants du 42km et les touristes qui sont en plein milieu, c'est pas très reposant comme ravito. On repère des toilettes, on en profite pour faire une petite pause (toujours agréable) et mettre un peu de crème solaire, il est même pas 10h mais ça tape déja fort. On s'arrête quand même quelques minutes au ravito pour faire le plein d'eau parce que le prochain ravito est dans 15km-1000m+. Et comme d'habitude, je me force à manger des barres et tout ce que je trouve susceptible de passer, comme une compote. C'est fou ça, moi la gourmande, j'ai vraiment du mal à prendre plaisir à manger pendant une course. Pourtant ces barres, ces compotes, ces saucissons, j'adore, mais pendant la course, bof, pas envie...

au ravito de la Daille

On est tout bon, c'est reparti. Le premier bloc est fini et on remonte dans un sous bois pour attaquer la deuxième partie de la course, autant vous dire qu'il reste encore un gros morceau, même si on est à la moitié de la course niveau distance (j'avais divisé la course en 3 blocs : le premier de 0 à 35km avec 2300m+, le second de 35 à 50km avec 1300m+ et le 3ème de 50km à 70km avec 1700m+). On monte à bonne allure avec l'élastique, Brice a du peps à revendre. Mais on est de plus en plus gênés par le monde. Ca bouchonne en fait. Pas autant qu'à la Maxi-Race d'Annecy, heureusement, on est pas à l'arrêt, mais on doit quand même sérieusement ralentir le rythme. Moi je me dis que c'est pas très grave, comme ça, ça m'économise un peu pour la suite, même si je ne ressens pas encore de fatigue. Mais Brice rale. Et bon j'aime pas l'entendre raler, c'est un peu énervant. On discute avec les gens, j'écoute la conversation des deux sudistes derrière, on s'occupe quoi. J'en profite pour recharger un peu ma montre, je n'ai déja plus que 35%, mais j'ai pas trouvé une technique très pratique pour la recharger tout en checkant que ça n'arrête pas le chrono (oui oui j'ai pas pensé à utiliser le verrouillage...). On arrive quand même à doubler par çi par là en placant quelques accélérations sur certaines portions plus dégagés et on arrive finalement au sommet de l'ascension du Picheru à 2700m d'altitude après une portion de 5km-900m+, au bout de 7h20 de course (40 km en tout).

Début de l'ascension du Picheru

joli Picheru 

On redescend de l'autre coté du col, on déroule, on double des participants du 42km, les jambes sont là, le corps répond présent et le paysage est magnifique, de quoi te donner des ailes. En plus on rejoint le lac de la Sassière, juste WAOUH quoi. Un beau bleu entouré de montagnes, c'est magnifique. Et on est reparti pour une petite ascension, en faut plat montant au début en longeant le lac, puis un peu plus abrupte ensuite. Par chance, on croise un petit ruisseau qui fait le bonheur des coureurs, on trempe le tour de cou, et on remplit les gourdes, super agréable.

On retrouve les névés pour passer de l'autre coté Selfie time !

Concentré mon mangeur de graines ! T'as le look coco...Magnifique lac de la Sassière

On continue la montée jusqu'à un col, avant de redescendre pendant environ 5km. Je trotte doucement mais surement dans cette descente très agréable à courir, mais ça ne m'empêche pas de faire un faux pas et de me tordre un peu la cheville droite. Après quelques pas un peu indécis, je me rends compte que ce n'est pas grand chose, je peux reprendre la route sans soucis mais le rythme est cassé et la confiance un peu moins présente. Je finis la descente un peu plus sur le qui-vive et on rejoint le ravito du 49ème kilomètre au Fornet, à 1900m d'altitude, après 9h10 de course. Petit point timing. Waouh, on est assez en avance sur les pronostics. Mais pour l'instant, je me sens vraiment en forme alors j'ai écouté mon corps et j'ai fait au feeling. Peut-être que je vais le regretter. Et à partir de maintenant, c'est l'inconnu. Je n'ai jamais couru plus de 50km, je ne sais pas quand est-ce que mon corps va lacher. Mais je me dis qu'il ne reste "plus" que 20km, ça devrait passer quand même. Je me sens bien, je refais le plein d'eau, je suis à sec. Je vide les bouteilles, grignote encore des barres au café (mais je commence à en avoir marre des barres). On retrouve Nath' et Olivier, on se fait une petite photo ensemble, tout sourire. Et on repart.

Et ça remonte

La longue descente jusqu'au Fornet Ravito du 50ème km

Photo ravito avec Nath' et Olivier

On attaque ce 3ème et dernier bloc par une montée dans la forêt du Fornet. On remet l'élastique, Brice se sent bien, moi aussi mais autant m'aider le plus possible. On monte toujours à bon rythme, on quitte le sous-bois et on coupe la route qui mène au col de l'Iseran. Ca monte, ça monte. On enlève un peu l'élastique. On refait une pause toilette. Et je commence à avoir moins de peps. Et mentalement, je me demande où il est ce foutu col de l'Iseran, je le vois pas, je vois que de la montée, pas très pentue hein, mais ça monte, et je marche, pas assez vite à mon gout. Je me force à manger encore une barre. Mais je fatigue. En fait, j'ai envie de dormir. Qu'est-ce qu'ils sont longs ces 3-4km-300m+ qui nous séparent du col. Brice est devant, je me force à essayer de garder la distance entre nous. Mais c'est dur. Je me dis qu'au ravito, je ferai une bonne pause et ça repartira. Je me dis que c'est qu'un coup de mou et qu'il passera. Ca va revenir la forme, ça va revenir. On arrive alors au ravito du col de l'Iseran, enfin ! On a fait 5km, 800m+ en environ 1h30. En fait, en écrivant ça, je trouve pas que c'est extrême. C'est correct même avec 50 bornes dans les jambes. Mais je sais pas, peut-être parce que la montée était régulière, j'ai trouvé ça extrêmement long. Je suis claquée, et je n'ai plus envie de rien avaler. Je me force quand même à prendre plusieurs bols de la soupe à Michel, super gentil, Michel. Je suis assise sur le banc. Envie de dormir. En fait, j'aurais sûrement du prendre 10-15min pour dormir un peu à ce moment là. Mais bon après coup, c'est facile de dire "j'aurai du". En plus, il n'y a pas tant de places que ça, j'ai l'impression de gêner. Je décide d'aller aux toilettes. Manque de lucidité, je panique quelques secondes à ne pas réussir à en sortir. Oui, j'aurais vraiment du me reposer. Mais j'avais l'impression d'avoir déja beaucoup trop trainer dans la montée que je me dis qu'il faut qu'on avance. Brice me rejoint à la sortie du ravito et on repart. Waouh, la montée qui nous attend. Franchement, ça fait peur, j'ai même plus la force de sortir le téléphone pour prendre en photo pour vous montrer ce qu'il nous attend. J'ai des doutes sur ma capacité à monter encore tout ça, tout là haut. Tu vois les petits bonhommes. Ooh... dur. En plus ça descend un peu avant d'y remonter. Misère... Allez c'est parti.

Je ne suis pas la seule, beaucoup de mecs sont aussi en galère, à bout de force. Je marche, mets un pas après l'autre. C'est dur, franchement. Mais Brice est là, devant, et lui, il a encore du peps. Il me met l'élastique, après m'avoir aidé à remettre ma veste, parce que le vent se met à souffler. Il me force à manger un peu de compote aussi. Et on avance. Petit à petit. Je me force à ne pas m'arrêter. Je me force à ne pas fermer les yeux. Franchement j'ai envie de m'asseoir là et de dormir. Mais non, on continue. Je recharge à nouveau ma montre, mais elle s'est arrêté. Et merde. Tant pis, on la relance. Et on continue, encore et encore. On se fait doubler, mais tant pis. Nath' et Olivier nous dépassent, nous encouragent. Elle aussi elle en chie un peu, mais moins que moi quand même. Au final, j'aurai mis 1h pour parcourir 2km et 300m+ pour atteindre le sommet de l'Aiguille Perçée à 3300m d'altitude. La déchéance totale. Au sommet, on nous encourage, on s'assoit et je ferme les yeux quelques minutes. Ca fait du bien. Brice me force encore à pipeter un peu dans sa compote. Bof, pas envie. Je veux dormir encore, mais le vent souffle et il fait froid là haut. Alors on se reprend et on attaque la descente.

la photo est floue, la vue aussi... dommage

Dans la caillasse au départ, en marchant toujours, puis dans la neige, assez dangereux, on est sur le qui-vive, doucement. Puis on rejoint une piste de ski. Le duo de filles nous a rattrapées et nous souhaite bonne chance. Je réponds que je suis cuite, archi cuite. Et elles tracent leur route. Brice est devant, il m'attend, mais de loin. Il comprend pas que tant qu'à m'attendre, autant rester près de moi. Mais je pense qu'il est frustré de mon rythme. Il perçoit pas que je suis vraiment à bout, et que ça m'aiderait vraiment qu'il reste à mes cotés plutot que 15-30m devant. Pas toujours facile non plus la vie de couple. J'essaie de trotter, mais mon mal de ventre se pointe en plus de la fatigue. C'est dur. Je tombe dans la neige et plante mon baton, je n'arrive plus à le récupérer. Brice remonte pour m'aider. Au bout de plusieurs tentatives, on se résigne, tant pis, on laisse le baton. Un dernier essai et il se dégage, c'est déja ça. (gagné 100 balles!) On repart, toujours en direction du col de l'Iseran. On se pose la question. On continue ou pas ? Je n'arrive plus à courir, j'ai du mal à garder les yeux ouverts, j'ai mal au ventre, et maintenant j'ai froid. Il faut faire un choix. On prend le risque de continuer? mais je n'avance plus. Brice s'énerve intérieurement de ma lenteur. Il reste 10km. C'est rien comparé au 63 déja parcourus. Mais 10km au ralenti, sans profiter avec le risque d'empirer la situation, c'est pas non plus cool. Ok, quand on fait du trail, c'est normal qu'on ait mal et qu'on essaie de se dépasser. Mais là, ça fait déja 10km que je subis, que je n'avance plus et que je n'arrive même pas à profiter du paysage. J'ai juste un vague souvenir de la vue d'en haut, j'ai à peine réussi à ouvrir les yeux pour contempler. La dernière petite montée pour rejoindre le col nous conforte dans le choix qu'on a fait. Ca sert à rien de continuer comme ça. Arrivés au col, on annonce qu'on abandonne, après 63km, 5000m+ et environ 14h de course. Oui bien sur on est encore dans les barrières horaires. Mais mon corps me lache, je suis frigorifiée, il y a un vent de fou, je n'arrive plus à manger. Et Brice lui va bien. Peut-être que si j'avais été seule, j'aurais continuer, au ralenti, quitte à mettre 5h pour boucler les 10km restants. Mais là, c'est une épreuve en duo. Je l'imagine trépignant pendant 10km alors que je me traine. L'horreur, une raison de rupture, sur ! Ou du moins de prise de tête. Tant pis. On attend 10min dans le froid et le vent. Une bénévole m'offre une grosse couverture en laine, merci. On rigole quand même avec Brice, on s'amuse et il est maintenant sur de gagner son pari avec Hélène (Darragon) : elle fait la Pierra-Menta avec une amie, Brice fait la Vanoise avec moi : celui qui fait le plus subir à son binome, doit prendre une photo, et le binome qui a la tête la plus horrible possible gagne. Je me mets donc en mode PLS (autre trip avec Eddy) pour immortaliser le moment. Je n'ai plus de force pour avancer, mais autant s'amuser un peu avec mon état lamentable.

dur de tenir une PLS sur un banc instable

On chope le mini-bus navette pour redescendre à Val d'Isère. Le chauffeur, un montagnard, connait bien les routes. Gauche, droite, à fond, ça tourne et il fait chaud dans ce bus, contrairement à dehors. J'ai de plus en plus mal au ventre, et je suis tout au fond du bus. Au bout de quelques minutes, je demande à Brice combien de temps il reste. Je sais pas si je vais tenir. Le chauffeur demande si tout va bien. Bof bof... Je sors mon sac contenant mes habits et le prépare, "au cas où". Et au bout d'un moment je demande quand même au chauffeur de s'arrêter. Je sors, prends l'air, m'assois par terre et me mets à pleurer. Les nerfs craquent, j'avais pas envie d'abandonner. Et je vomis. C'est vrai, je pleure toujours quand je vomis (contrairement à ceux qui vomissent quand ils sont contents). Comme quoi, j'ai vraiment tout donné. Après ça, je me sens mieux. On remonte dans le bus et la fin du trajet se passe bien, on en rigole même. Et on arrive à Val d'Isère. En voyant l'arche d'arrivée, j'ai comme un gout amer dans la gorge. Peut-être qu'on aurait du continuer... 10km c'est pas si long... Mais bon le choix était fait. c'est comme ça. La course en montagne, c'est notre hobbie mais ce n'est pas notre boulot. Il faut que ça reste un plaisir et non un danger aussi. 

un peu pâlote nan ?  

On reste sur une défaite mais l'essentiel, c'est qu'on s'est quand même fait plaisir une bonne partie du temps, les 53 premiers kilomètres étaient du pur bonheur. Les 10 suivants étaient un calvaire mais j'ai testé mes limites et elles étaient là. Peut-être qu'on aurait du y aller plus tranquillement. Il y a pleins de potentielles raisons à cet échec. On va potasser tout ça et peut-être que je reviendrai prendre ma revanche dans la Vanoise un certain week-end fin août, si le corps est en forme. En tout cas, je ne pense pas refaire le même parcours l'an prochain, ça serait surement dur mentalement et ça n'apporterait pas grand chose, parce que la plupart des beaux paysages on les a vu et on en a profité. Un grand merci à ma bourrique qui m'a accompagné pendant ces 63km et 14h d'effort.

Maintenant, place au repos, avant de faire l'assistance à Brice sur l'Ultra tour du Beaufortain samedi, et de m'aligner sur ma prochaine course : plus locale, fin juillet, avec le tour des Fiz, trail de 30km, 2000m+, qui parait-il est d'une extrême beauté. Encore une course bien conviviale avec Papa, Maman et pas mal d'amis de Terre de Running.

Abandon...

Souvenirs amères

 

Garmin : 58 premiers kilomètres : https://connect.garmin.com/modern/activity/3818723313

Garmin : la suite : les 6km de souffrance : https://connect.garmin.com/modern/activity/3818728560

https://tracedetrail.fr/fr/trace/trace/69826

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