Un des trails les plus importants de l'année, avec au programme 37km et 2800m de dénivelé. L'an dernier, c'était un challenge, Guillaume voulait absolument le tenter, moi j'avais un peu peur, c'est quand même long et pentu, on a pas trop l'habitude... Finalement on se laisse tenter, on le fait, manque de pot, je tombe pendant la première grosse descente et me tords un peu le genou au 4ème kilomètre. J'arrive quand même à courir, donc je continue, mais cale au bout du 30ème kilomètre, le mal de ventre fait son apparition pour la première fois et me force à finir les 8 derniers kilomètres en marchant. Résultat, je finis en 7h10, et dans les 20 premières femmes. Pas si mal en fait, vu mon état d'entrainement, avec un genou en moins et un mal de ventre horrible.

Donc cette année, je veux prendre ma revanche, le but est juste de finir dans un temps raisonnable, en bon état. Pas de bol, la météo n'est pas vraiment avec nous, il pleut pas mal les derniers jours, et il reste encore de la neige à la pointe d'Ireuse, donc l'organisation est obligé de réduire le parcours pour l'éviter. Le nouveau parcours ne fait "que" 36km avec 2600m D+, et il promet d'être bien boueux. Je suis pas forcément très motivée pendant la semaine qui précède, pas trop envie de patauger dans la boue, et j'ai les mollets un peu tendus en ce moment, mais finalement, arrivé le samedi, la motivation revient, je suis au taquet, hâte d'en découdre ! 

Réveil à 5h10 le dimanche matin, un petit déj et je décolle de Thonon un peu avant 6h. J'arrive à Bellevaux un peu avant 6h30, me gare, retire le dossard et le tee-shirt de participation, de couleur rouge cette année (l'an dernier c'était l'année du vert, cette année, c'est le rouge : à la capeçone, au 20km de Lausanne, ici !), sympa ça va bien avec mes Salomon :-). Je me prépare et m'échauffe un peu, les jambes sont là, ça va être cool. Coté tenu, la météo annonçait 5°C donc j'avais un peu peur, mais finalement en short/manchons en bas et tee-shirt/K-way léger Salomon en haut, ça passe bien. Il y a encore pas mal de nuage, mais apparement ça va se découvrir.

Le départ est donné à 7h30 précise, je pars assez devant, à un bon rythme, et à la première place je crois. Tant mieux, l'objectif est de dérouler assez pendant les 5 premiers kilomètres de plat afin d'être bien placée pour ne pas avoir à doubler dans la montée. Et ça passe bien, la deuxième se met à coté de moi, mais finalement elle décroche toute seule sur le plat et dans les descentes roulantes.

Un peu couvert le matin

tee-shirt rouge cette année On repère le parcours

petit échauffement dans Bellevaux petit échauffement dans Bellevaux

Prêt à en découdre Sur la route

Manque de pot, au 3ème kilomètre, je sais pas pourquoi, ma cheville gauche part. Toute seule comme une grande, elle avait pas envie de courir finalement, elle voulait rentrer à la maison. Pas cool... Je continue quand même, me dis que si c'est pas grave, ça passera vu que mon corps est chaud. Je boitouille mais réussi à garder le rythme, mais pas la même foulée... On attaque la première montée qui pique pour rejoindre les granges de Lullin, je cours alors que pas mal de mecs marchent (même s'ils marchent aussi vite que je cours), et finis par marcher aussi. Je me fais doubler, par des mecs, certains avec des batons :"Ah toi t'as pas de batons", je réponds "ouais, c'est un choix de vie !", ils me souhaitent bon courage, et partent devant. Je continue, mais je sens que la cheville tire beaucoup trop, alors que je suis juste en train de marcher. Je sens que je compense déja avec la jambe droite, et je me dis que ça va pas le faire. Oui je peux toujours continuer, faire la warrior, mais à quel risque? En sachant ce qui nous attend : les hermones et les descentes en cailloux casse-gueule, je sais que si je continue, je vais surement retordre la cheville, et même si j'arrive à continuer sans aggraver la cheville, je risque de changer ma foulée, de compenser et de me faire mal autre part, et au final, gacher toute la fin de la saison. C'est décidé, je continue en marchant jusqu'à Lullin et j'abandonne là-bas. Je continue donc la montée, sans forcément ralentir le rythme, mais en même temps, le terrain est vraiment gras, c'est dur de ne pas patiner dans la gadoue, et c'est vrai que ceux qui ont des batons sont vraiments avantagés ici.

Ca commence à monter sec !

 

D'ailleurs, la deuxième femme me ratrappe, elle a des batons ELLE. Bon je vais pas faire ma sale aigrie, mais j'ai pas forcément bien pris sa remarque "Ah bah oui sans bâtons c'est dur..." A quoi je réponds, "oui et en plus je me suis fais mal à la cheville." Et elle passe... Je suis même pas sûre qu'elle ait entendu ma réponse, elle avait ses écouteurs dans les oreilles... Pas très esprit trail j'ai envie de dire... Mais bon après, chacun vit son aventure comme il le veut, certains avec batons, certains sans, certains avec de la musique dans les oreilles, certains écoutent simplement les bruits de la nature, les bruits de l'effort, le souffle court dans les montées. Je ne juge pas, chacun fait comme il le sent, mais quand tu parles à quelqu'un, quand tu engages la conversation, la moindre des choses c'est d'écouter la réponse ! Bref j'ai aussi un peu la haine car j'ai mal et comme tout le monde j'aime pas me faire doubler donc mon jugement n'est pas vraiment objectif, mais sur le moment cette réaction m'a énervé.

Finalement, je n'aurai pas à aller jusque Lullin, une personne à qui j'ai dis que je m'étais fais mal a prévenu un ami venu pour l'encourager, et cet ami est venu à ma rencontre, on redescend en sens inverse, j'ai les larmes qui coulent toutes seules, pas dûes à la douleur, mais plutot aux nerfs qui lâchent, j'avais tellement envie de continuer... On marche une dizaine de minutes pour arriver à sa voiture, en papotant, je ne connais pas son nom, mais c'est un prof de ski de Chatel, si jamais il passe par ici, je lui dis MERCI ! Merci de m'avoir raccompagner à bon port.

Abandon... Courage vous autres !

Retour à Bellevaux, il n'est que 9h finalement, les gens qui participent au trail découverte de 14km se préparent, s'échauffent. Moi j'arrive là, toute perdue, toute triste, les larmes coulent encore, je vais vers les chronos et dépose ma puce. Voilà, mon premier abandon. Certainement pas le dernier, mais il faut être raisonnable. Quel est l'intérêt de continuer et de ne pas profiter car à chaque pas, la douleur est là et te fais prendre conscience que tu es en train d'abimer ton corps. Quel est l'intérêt de continuer et de se péter littéralement la cheville et de ne pas pouvoir courir pendant plusieurs mois. Certes, on a qu'une vie, il faut en profiter, mais on a aussi qu'un corps alors autant en prendre soin. N'empêche que j'ai quand même un gout amer dans la gorge. Je suis triste, et je sors le regard qui tue à n'importe qui qui croise mon regard. Je descends voir le medecin, et voir si les kinés et ostéos sont là, mais non pas encore. Il me mets de la crème et me propose un strap, mais je préfèrerais aller voir l'ostéo plutot, je décide donc d'aller prendre une douche, mais elles ne sont même pas ouvertes. Bah oui les premiers ne sont pas censés arriver avant 11h ! Ils les ouvrent quand même, je prends une bonne douche, et en attendant, les kinés et ostéos sont arrivés.

mon parcours perso

Je regarde le départ du trail découverte, waouh, il y a du monde quand même, puis le départ de la "marche". je dis "marche" car le trail découverte n'est pas autorisé pour les enfants de moins de 16 ans, par contre pour la marche, aucune limite d'age, normal. Donc tous les petits traileux en herbe se sont inscrits sur la marche, mais sont partis comme des balles en courant, c'était bien marrant, ça promet pour l'avenir du trail !

le départ du 14km 

Je retrouve ensuite Mickaël (bah oui, je l'avais déja vu l'an dernier pour mon genou ! Et j'étais allé le revoir avant de partir à Mada), jeune ostéo, mais très sympathique et très professionnel. Il me manipule la cheville et me rassure, "Non, rien de grave normalement, tu fais quand même un repos de quelques jours et ensuite quand tu sens que ça va mieux, tu fais de la proprio et potentiellement des footings pour voir comment elle réagit." Son conseil proprio : tenir sur une jambe pendant que tu te brosses les dents, ça dure entre 2-3min, juste le temps qu'il faut, et tu le fais 2-3 fois par jour donc c'est régulier. Je suis un peu rassurée, c'est pas bien grave cette cheville, ça va passer. J'espère car maman débarque dans la semaine, alors faudrait pas que je sois blessée au point de pas pouvoir aller me balader dans les montagnes avec elle ! 

Voila, petite séance de kiné finie, il est 10h45, je fais quoi maintenant? Mon inscription comprenait le repas, donc je me dis que je vais en profiter et manger ici, mais il est vraiment trop tôt. Je me tate à rentrer directement à Thonon, ou à attendre en regardant les arrivées. J'opte pour la deuxième option, même si je n'ai pas vraiment le moral, et armée de ma liseuse, je me pose contre un mur au soleil et commence à bouquiner, mais finalement les premiers du 14km arrivent déja, en 1h14, bravo ! Je regarde les arrivées, et je croise Sandra (la copine d'Anthony, un copain du bateau qui fait aussi des trails, on est allé tous ensemble courir dimanche dernier aux mémises avec Christelle, mais Sandra s'est tordue la cheville pendant la sortie). On reste ensemble en attendant qu'Anthony arrive, un peu avant 12h. On se pose au soleil en regardant les arrivées, eux se tatent à manger ici ou à rentrer. Moi j'attends désespérément l'arrivée de la première femme du 35 pour voir si c'est miss "batons-écouteurs". Et oui, c'est elle qui gagne et assez largement appparement, en environ 6h je crois. Je sais pas, je ne pense pas que j'aurais réussi à la suivre, sans bâtons, avec les conditions qu'il y avait, mais j'avais envie de voir si c'est elle qui arriverait en première place, et en combien de temps. La gagnante est arrivée, Christelle aussi, elle vient voir un de ses amis qui participe au 35km, on discute, et je vais finalement chercher mon plateau repas: encore de la saucisse au menu ! Le plateau complet contient de la salade, des gnocchis, un diot (que je ne prends pas, pas envie de saucisse aujourd'hui!), et un dessert au choix entre de la tarte aux pommes, une pomme ou un beignet (je vous laisse deviner ce que j'ai pris !).

Je mange tranquille, puis Fabien, l'ami de Christelle arrive vers 14h15, on va le voir, on lui dit bravo, et moi je pense qu'il est temps que je rentre à la maison après toutes ces aventures. J'avais un peu peur que la cheville soit douleureuse pour conduire, mais finalement ça va encore. 

J'arrive donc à Thonon vers 15h, en mode repos total, glace sur la cheville et glandouille toute l'aprèm à la maison. Résultat des courses, j'ai quand même du mal à marcher... On verra bien comment cette petite cheville se remet. Au jour d'aujourd'hui (donc le lendemain), je suis moins optimiste qu'hier, j'ai eu assez mal pendant la nuit, et toujours autant de mal à marcher. Mais je vais prendre mon mal en patience et attendre. 

petit souvenir du Brevon

 

Par contre je ne sais pas si je me réinscrirais l'an prochain sur une 3ème tentative du trail des crêtes de la vallée du Brevon. J'ai l'impression que je suis maudite à Bellevaux. En tout cas, ce trail 2016 ne restera pas dans l'historique de mes trails préférés...! A part les 3km de bonheur au début de la course, les sentiments qui en résultent sont la frustration, l'échec et la douleur. Mais c'est le jeu, on ne peut pas gagner à chaque fois, et par gagner, je veux dire courir sans douleur, en appréciant chaque moment.